Overblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Lettre à une amie libanaise

Liban. Les journaux parlent de conflits, de combats, de violences ou de guerres… De géopolitique. La belle affaire ! Les journaux oublient que derrière ces mots devenus abstrais, vides de sens, il y a toi, mon amie libanaise. Une femme qui a quitté son pays –ou plutôt que le pays a quittée. Les journaux oublient d’écrire qu’il y a une maison abandonnée. Qu’il y a des amis qui ne répondent plus au téléphone. Qu’il y a une famille disloquée. Une autre langue. Qu’on laisse une terre sans avoir rien emporté, car on n’emporte pas avec soi une part de sa vie, son enfance, et ces jours bénis de Dieu. Tout cela reste là-bas, à jamais.

 

Il n’y a pas d’exil heureux, mon amie libanaise. Oui, tu le sais bien : le pire est de rester dans les souvenirs, mais les souvenirs, eux, ne te quittent jamais. Tu cherches partout ton pays abandonné, on dirait une mère angoissé en quête de son enfant perdu. Tu tentes de retrouver ce goût particulier de la ville dans les saveurs d’un plat –mais ce n’est jamais tout à fait ça, les épices exhalent un parfum différent selon qu’on les sente ici ou là-bas. Tu aperçois ton pays dans une image furtive, dans une carte postale, dans l’accent d’un ami. Tu souris de ces petits bonheurs, tu en fais des fêtes. Des fêtes pour oublier. Mais à la fin du banquet, la nostalgie revient occuper la maison.

 

C’est drôle, tu dis que tu as de la chance. Pour toi rien n’est vraiment grave. Tu souris toujours. Tu penses à tes enfants, tu t’accroches à leur avenir. Tu montres au monde que tu sais t’adapter, que tu peux réussir. Tu es toujours élégante : question de politesse, on ne s’habille pas n’importe comment quand on est invité. Sur tes papiers administratifs, à la case « nationalité », tu as toujours un temps d’hésitation : apatride serait tellement plus juste. Mais qui devine que derrière tout cela il y a quelque chose qu’on a tué, une part de toi ?

 

« Il n’y a pas d’amour heureux » : ça je le savais, le poète me l’a enseigné et j’ai assez vécu pour ne pas l’oublier. Mais personne ne m’avait appris qu’il n’y a pas d’exil heureux, et les années n’y peuvent rien. Mon amie libanaise, j’aimerais être aussi fort que toi, ce sourire-armure, mais comment fais-tu ? J’aimerais aussi que tu ne marches plus seule. Que tu te dises que tu es chez toi ici, que tu n’as rien volé. Bien au contraire, tu as tout donné. Tu as tout construit avec ta seule force. Ma très chère amie libanaise, j’aimerais sourire avec toi, te parler des arbres et des rivières. Des livres. Des poèmes qui consolent. De la vie. De demain. Et quand tu évoqueras le Liban, on rira aux éclats avec tous les souvenirs que tu as laissés là-bas.

Mohammed

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
<br /> <br /> Le mot « diaspora » m’a toujours fasciné, et je ne l’ai pas toujours bien compris –j’ai vu que Wikipedia lui consacrait des phrases et des phrases, et j’ai aimé que l’étymologie fasse<br /> référence à la botanique, « une dispersion des grains », c’est très poétique, tout ça. Mais il me semble que dans le mot d’exil, il existe une dimension individuelle plus forte, plus<br /> solitaire qui me plaît davantage. Je le reconnais: il est plus question de goût que de précision. Bien à vous, cher re-passant (heureux passant?), et merci encore. Mohammed<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
U
<br /> Au mot exil, cher Mohamed, je pense qu'il eut été préférable d'employer le mot diaspora plus en rapport avec la dispersion du peuple Libanais. Mais je dois reconnaître que dans votre lettre qui<br /> ressemble beaucoup à une déclaration poétique, ce mot Exil a tout à fait sa place, quitte à se démarquer légèrement de la réalité. Mais n'est ce pas là un des traits de la poésie ? <br /> <br /> <br />
Répondre
M
<br /> Oui, c'est tout à fait juste, cher passant, de dire qu "Il y a des vies qui s'implantent ailleurs et qui aiment cet ailleurs", ce n'est pas tout à fait de l'exil, il y a presqu'une idée de<br /> choix. Je crois que l'exil -pour un Libanais ou un Breton ou tout autre-est quelque chose qui s'impose à vous, par la contrainte, par le sort, par les hasards de la vie. De la même manière que,<br /> pour rien au monde et malgré la nostalgie, on ne quitterait son pays d'exil, celui qui vous a accueilli. Vous connaissez bien le "fantasme du retour" de la plupart des déracinés: ils rêvent de<br /> retrouver leur terre natale, mais, finalement, n'y retournent qu'une ou deux fois l'an. Pas plus. Merci pour votre commentaire, qui enrichit la réflexion.<br /> Mohammed Aissaoui<br /> <br /> <br />
Répondre
U
<br /> Je crois qu'il y a exil et exil et que le discernement est de rigueur... Il y a des vies qui s'implantent ailleurs et qui aiment cet ailleurs. L'exil, le vrai, est sans espoir de retour or, il me<br /> semble qu'ils sont peu nombreux les libanais expatriés qui ne prennent pas des vacances au Liban au moins une fois l'an... Alors c'est vrai que parfois il y a la nostalgie de la terre natale...<br /> C'est aussi vrai pour les bretons qui vivent en provence.<br /> <br /> <br />
Répondre
A
<br /> Quelle tres belle lettre! Merci de partager 
Répondre