Extrait de "Pourquoi tardons-nous tant à devenir écologistes? Limites de la postmodernité et société écologique" de Denis Duclos, sociologue et romancier (ed. l'Harmattan).
" Tel un grand navire qui tourne, l'humanité infléchit sa course à la consommation. Chacun est convoqué sur le pont pour préparer la manoeuvre: des 190 pays réunis pour étudier le boulversement climatique (le GIEC) aux alertes de l'ex-vice-Président américain Al Gore -- secondé par une Cour suprême appelant l'administration Bush à prendre au sérieux les gaz à effet de serre --, jusqu'à l'interpellation des candidats à la présidence française par Nicolas Hulot. Pas une personnalité politique, pas une célébrité, pas une grande institution qui ne joigne désormais sa ferveur au consensus pour sauver la planète!
Pourquoi ce branle-bas de combat? Et pourquoi aujourd'hui? Dans les années 60, nous accusions déjà la pollution industrielle de faire disparaître des espèces et pointions les risques de pénurie énergétique. Dans les années 70, c'était le déséquilibre démographique qui était montré du doigt. Dans les années 80, c'était l'époque des retombées de Tchenorbyl, des pluies acides, du trou dans la couche d'ozone et du changement climatique! Certes, nous serions aujourd'hui à moins de dix ans du "pic de Hubbert", au-delà duquel la disponibilité en pétrole décroitra absolument, et les modèles de simulation du climat sont plus performants qu'hier.
Une curieuse coïncidence, en tout cas, relie l'actuelle prise de conscience et l'émergence de nouveaux géants (Chine, Inde, Brésil) en concurrence avec nos pays occidentaux pour l'accès aux ressources vitales. L'écologie ferait-elle désormais partie de la panoplie des armes de dissuasion?
Ce que le sociologue peut, quant à lui, prédire à coup sûr, c'est que tous les discours de mobilisation finissent par se traduire en restrictions, voire en culpabilisation et en exclusion. Plutôt que de stigmatiser toute une partie de la population sur son comportement, ne vaudrait-il pas mieux s'attaquer aux vraies problèmes en appliquant les réponses techniques que l'on a trouvées: éoliennes, ferroutage, produits durables, autonomie et agriculture viable?"